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Nayda ou le collectif qui amène le Moyen Orient à Paris !

Nayda ou le collectif qui amène le Moyen Orient à Paris !

Pour les lecteurs assidus de PWFM, le nom de Nayda ne vous sera pas étranger puisqu’une partie de l’équipe avait oeuvré pour l’émergence de ce collectif qui se dit “amener le son, l’art et la pensée arabes à Paris”. Un an après son premier succès, et à l’aube de sa fiesta au Badaboum, retour sur l’ascension de ce collectif hors normes.

PWFM – Bonjour Themis ! Pourriez-vous présenter l’équipe pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
L’équipe change un peu tout le temps selon les événements sur lesquels on bosse. Au début, le noyau était composé d’Adélaïde, une amie avec qui j’avais bossé chez Trax Magazine, et moi ainsi que Marion et Koddi de votre team qui nous ont aidé à lancer le projet. Chacun a repris ses occupations et je gère la suite avec Siham, une nouvelle recrue. Après on n’est jamais seuls, on collabore avec un tas de gens comme l’équipe de WAH WAH Prod pour notre prochain évent.

Quelle est la particularité de votre collectif ?
Nayda c’est un collectif dédié aux scènes électroniques du monde arabe. On veut être l’intermédiaire entre une scène en pleine explosion et un public. Une scène riche et fascinante mais qui répond à ses propres règles et dynamiques. C’est des putains de galères administratives, des histoires complétement improbables, le passé des artistes qu’on invite…

On se donne pour mission de permettre aux artistes de s’exprimer librement, sans les diriger ni les enfermer dans une case. Ils doivent pouvoir dire et faire ce qu’ils veulent. Du coup, niveau son, ça change un peu tout le temps. On reçoit parfois des artistes qui explorent les liens entre musique électronique et orientale, d’autres qui imposent un style loin des attentes du public.

Il y a une dimension politique dans notre démarche. Quand on invite des artistes syriens ou palestiniens, on veut que le public s’intéresse au message qui se cache derrière leur performance. On veut que la musique brise les tabous, les clichés, les barrières pour rétablir une vérité et éveiller les consciences sur la réalité du monde arabe : sa beauté, ses tragédies et toutes ses nuances.

Il y a presque un an vous invitiez pour votre premier concert le live band Shkoon, composé d’un producteur allemand et d’un chanteur syrien au Petit Bain, quel fut votre ressenti sur cette originale soirée ?
Perso j’étais hyper fier. C’était la première fois qu’on organisait quelque chose nous-même de À à Z et c’était franchement réussi. On a senti qu’on arrivait avec le bon projet au bon moment, et que l’équilibre entre fête et sensibilité politique se tenait bien. J’étais heureux de voir qu’on avait attiré un public cool qui montrait de l’intérêt pour les artistes invités. Pour Shkoon, on tenait vraiment à les avoir sur la date parce qu’ils font partie de ceux qui nous ont inspiré à créer Nayda plus que n’importe qui.

Pour votre premier anniversaire, vous avez décidé de les réinviter, pourquoi cela ?
Il y a quelque chose dans leur histoire et dans leur son qui fait écho à notre démarche. Leur musique redonne vie à de vieux poèmes, parle d’un échange d’égal à égal entre deux cultures et vise la trance. Shkoon nous inspire beaucoup, on entretient une relation assez proches avec eux et on fait tout pour dynamiser leur carrière.

Ce mélange entre musique électronique et sonorités du Moyen Orient est de plus en plus apprécié par le public européen, que pensez-vous de cette évolution ?
Je pense que c’est une réponse logique au bouillonnement artistique auquel on assiste dans la région. Il y a tellement de producteurs géniaux qui ont émergé ces dix dernières années : Emel Mathlouthi, Deena Abdelwahed, Shadi Khries, Mehmet Aslan, Ash Koosha… Des labels et des collectifs comme le Jazar Crew, Arabstazy, Runtomorrow. Il y a du talent à l’oeuvre, ça attire les regards. Je pense aussi que cette émergence apporte une autre réponse aux questions que les gens se posent sur le monde arabe – une question qui me semble plus proche de la réalité.

Certains producteurs européens comme Four Tet ou Acid Arab ont joué un rôle déterminant. Tout le monde a fait sa part du job, c’est cool. Cet intérêt a des retombées plutôt positives : à Paris, des institutions comme le Musée de l’Immigration ou l’Institut du Monde arabe écoutent les jeunes, misent sur les nouvelles musiques. En Tunisie, le gouvernement vient d’accorder un statut professionnel aux DJs. Il reste encore beaucoup de chemin à faire mais l’audience des artistes qu’on défend augmente, ils s’exportent plus facilement, leur influence dans les pays arabes s’accroît et ça c’est une très bonne chose.

Mais je pense qu’on peut aller plus loin. Il faut vraiment donner aux artistes la chance de raconter leurs histoires et d’exprimer leur imaginaire. Il faut soutenir leur travail pour leur permettre d’aller plus loin, de changer ce qui doit être changé chez eux et de vraiment révolutionner la manière dont nous, en France ou ailleurs, on perçoit leur réalité.

Avez-vous d’autres associations de genres peu connus comme celui-ci a nous faire découvrir dans les prochains temps ?
Il y a un tas de noms qu’on respecte beaucoup comme WAH WAH, nu-mi-die, le projet In Transit de Missy Ness, Layali Paris, le BAAM, l’équipe de Beats Across Borders… On est aussi influencés par le collectif tunisien Arabstazy et musicalement on adhère bien au projet de Horde. On bosse beaucoup avec Onorient, un média qui couvre les émergences culturelles du monde arabe. Et pour finir, un projet un peu différent : le festival Palestin’ & Out, qui invite tous ls deux ans des artistes palestiniens de moins de 30 ans à se produire à Paris (un vrai boulot de dingue).

Quels sont vos principaux projets pour l’année qui va suivre ?
On avance un peu au jour le jour mais on discute d’une résidence mensuelle quelque part au centre de Paris. On manquera pas de vous le faire savoir. 🙂 Sinon on espère bien sûr continuer à bosser avec Emel Mathlouthi et Shkoon.

Un jeune artiste prometteur en particulier à suivre selon-vous ?
Il y en a tellement et tous méritent notre attention mais j’aimerais en placer une pour l’ATM (Algerian Techno Movement). C’est un crew de jeunes qui essaient tant bien que mal d’importer la techno à Alger et à Oran. Ce sont de vrais passionnés, et leur histoire fait écho à la grande aventure des musiques électroniques.

Et pour terminer, votre track préférée du moment ?
En ce moment on écoute beaucoup Insanlar, le projet des musiciens turcs Baris K et Cem Yildiz. Leur morceau Kime Ne résume tout ce qu’on aime dans cette fusion des genres.

On aime aussi beaucoup Rozzma, un jeune producteur égyptien et première signature d’Acid Arab Records qui déboite vraiment sur scène !


Merci Themis pour ton temps ! On vous invite donc chaleureusement à aller voir la suite de la croissance de Nayda au Badaboum, le 19 janvier et on souhaite que le meilleur au jeune collectif !

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